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Nature et humanité : La forme de l’eau et Princesse Mononoké

19 avril 2018

L’affrontement entre l’homme et la nature est un thème apprécié des artistes, imaginant des scénarios et des images parfois violents, catastrophiques mais aussi sublimes et rédempteurs. Le dernier film de Guillermo del Toro et l’un des chefs-d’œuvre de Hayao Miyazaki peuvent l’illustrer.

Nature et humanité : La forme de l’eau et Princesse Mononoké
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La forme de l’eau évoque la rencontre et l’histoire d’amour entre Elisa, une femme travaillant dans un centre de recherche aérospatial, et une créature aquatique étudiée dans ce même complexe. Princesse Mononoké est un film d’animation japonais narrant la quête d’Ashitaka pour briser une malédiction causée par l’industrie humaine. La jeune San intervient pour sauver la nature.

/!\ Il sera question dans cet article d’œuvres dont plusieurs scènes peuvent heurter la sensibilité. Risque de spoilers.

Des fables écologiques

Les scénarios de Miyazaki nous poussent à réfléchir à notre impact environnemental. Princesse Mononoké évoque le combat entre des forgerons, représentant l’avancée de l’industrie, et les dieux de la forêt sous forme animale. Ces dieux protègent la nature et concentrent leurs forces pour repousser physiquement les humains. La forêt apparaît comme un lieu mystique, abritant de petits êtres appelés sylvains.

L’échelle n’est pas la même dans La forme de l’eau, car il s’agit d’un seul être dans un espace plus confiné. La créature aquatique vivait dans un fleuve d’Amérique du Sud, une zone encore très sauvage. Si ceux qui l’ont ramenée aux États-Unis souhaitent l’étudier pour en tirer profit, un scientifique comprend qu’il y a dans cette créature une intelligence qu’on ne peut sacrifier. Il décide alors de la sauver. On peut voir dans cet acte une volonté de ne pas interférer avec les choses de la nature. Le mystère entourant la créature semble dépasser l’entendement humain et il faut parfois savoir rester à sa place.

L’apparence de la créature aquatique rappelle dans une certaine mesure l’apparence nocturne du dieu cerf, notamment par les motifs lumineux sur son corps (qui rappellent aussi les Na’vis d’Avatar). Cette forme de bioluminescence se trouve principalement chez des formes de vie aquatiques. Il s’agit d’une réaction chimique où le corps produit de la lumière. On peut y voir une métaphore de la création de la vie, cette dernière nécessitant eau et lumière pour apparaître. De plus, le dieu cerf est lié à l’eau car l’endroit où les personnages le voient est l’étang où il s’abreuve.

À gauche : créature aquatique | À droite : dieu cerf

L’orgueil humain

Si instinctivement on pourrait se porter du côté de la nature dans Mononoké, Ashitaka conserve une attitude neutre, cherchant à causer le moins de pertes dans les deux camps. Il entre dans le fort et tente de comprendre les motivations de Dame Eboshi. Cette dernière n’a pas que des mauvaises intentions. Elle souhaite détruire la forêt car elle veut pouvoir étendre son activité. Proche des personnes qui travaillent pour elle, surtout les femmes et les lépreux, elle est prête à beaucoup pour eux. Elle est orgueilleuse parce qu’elle pense qu’elle peut se passer des ressources naturelles. De plus, elle prend les choses personnellement, notamment lors des attaques des dieux, et se sent investie du devoir de les tuer : « Je vais vous montrer comment on tue un dieu. » La déesse louve lui arrache son bras.

Dans le film de Guillermo del Toro, ces histoires personnelles sont également de mise avec le colonel Strickland qui s’est fait arracher deux doigts. Il a ramené la créature d’Amazonie où la population la vénérait comme un dieu. Mais pour lui, elle est inférieure. Il la torture, même si cela peut la tuer. Or la tuer, c’est supprimer une chance d’étudier cet être inconnu. Si la position scientifique peut déjà paraître cruelle, celle de la vengeance l’est encore plus. L’orgueil aveugle presque totalement et empêche de prendre des décisions raisonnées. Les actions sont menées par pur égoïsme, et au final personne n’aura atteint son objectif.

Dans les deux cas, cet orgueil met en péril la nature, mais aussi la vie d’autres hommes. Eboshi et Strickland étant de simples humains, on peut penser qu’ils cherchent par leurs armes et leur position sociale à atteindre l’aura divine qui entoure leurs opposants. Et dans ce cas, il s’agit du péché d’orgueil.

À gauche : Dame Eboshi | À droite : Strickland

Un amour cristallisant les tensions

L’histoire d’amour est présentée comme essentielle dans La forme de l’eau. Ce n’est pas le cas dans Mononoké, où la relation entre Ashitaka et la jeune fille est plus secondaire. Néanmoins, on peut noter des similitudes.

Les deux couples partagent des sentiments qui vont au-delà d’une simple histoire. Ils représentent l’entente entre des camps dissonants, des natures opposées pour La forme de l’eau, et des attentes sociétales éloignées pour Mononoké. Ce sont donc des différends presque irréconciliables, ce qui explique les nombreux obstacles qui se dressent entre eux.

D’un point de vue physique, les partenaires des deux couples ne partagent pas le même habitat : une humaine et une créature aquatique ; un jeune homme vivant dans un village et une jeune fille habitant avec des animaux. D’ailleurs, San se désolidarise totalement du genre humain : « Je suis une louve, comme ma mère. » À la fin, pour le premier couple l’un abandonne sa nature, et pour l’autre couple la vie à deux n’est pas possible.

Psychologiquement, les personnages ne posent pas sur le monde le même regard parce qu’ils n’ont pas mené les mêmes combats. Ashitaka est quelqu’un de plutôt mesuré quand San est impulsive et agit par passion pure pour la forêt. Côté del Toro, Elisa cherche à faire ce qui est normal vis-à-vis de l’habitat de la créature. Elle s’est fixé un calendrier et reste méthodique. À l’inverse, la créature vit le moment présent avec une sorte d’intemporalité. Elle n’a probablement pas conscience des problèmes humains qui tournent autour d’elle, elle est au-dessus de ça.

Elisa et Ashitaka agissent avec leur cœur et leurs convictions tout en essayant de les conjuguer aux lois de la société et aux lois naturelles. San et la créature répondent davantage à des besoins, à quelque chose de profondément enfoui en eux. Un peu comme si la nature leur avait transmis ses attentes et ses espoirs.

Voir les bandes-annonces de Princesse Mononoké (en anglais) et de La forme de l’eau.

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