SUR ALT RADIO DIRECT Liron - Falling

Glass : un nouveau cinéma pour les super-héros

13 février 2019

S’il y a bien un réalisateur que j’affectionne particulièrement et qui ne fait pas l’unanimité, c’est M. Night Shyamalan. Son dernier film, Glass, est sorti il y a peu dans les salles obscures et il semble toujours autant diviser, même s’il rencontre un plus grand succès que certains de ses anciens films, tels que Signs ou Le village.

Le renouveau Shyamalan

Si vous cherchez « effondrement de carrière » dans le dictionnaire, vous tomberez sûrement sur la photo de M. Night Shyamalan. Le réalisateur du Village a été le créateur de plusieurs longs métrages à la limite du navet comme After Earth qui, non content de se payer Will Smith et son fils en tant qu’acteurs principaux, est un des films les moins mémorables du cinéaste. 

Plus de 10 ans après le début de sa descente aux enfers, M. Night Shyamalan nous revenait avec Split, un thriller prenant et subjugué par la performance de James McAvoy dans le rôle de Kevin Wendell Crumb et de ses 23 personnalités. 

Ce n’est que dans une scène post-générique de ce dernier film que l’on apprend la nouvelle : Split est en réalité le second film d’un univers débuté avec Incassable, thriller sorti en 2000 avec en vedette Bruce Willis dans le rôle d’un super-héros indestructible. 

Bruce Willis dans Incassable (2000)

C’est cette trilogie que Glass vient conclure en mettant en avant le personnage d’Elijah Price, interprété par Samuel L. Jackson, un super-méchant atteint de la maladie des os de verres.  

Une approche nouvelle du film de super-héros

Alors attention, dans cette partie on va SPOILER sévèrement. Je vous invite donc à passer à la partie suivante pour découvrir pourquoi on aime ce film, garantie sans SPOILER et sans glucose.  

La nouvelle création du réalisateur du Sixième sens emprunte beaucoup à l’univers des comics, avec beaucoup de références à la maison d’éditions Marvel.  

Ici, c’est quelque chose de totalement différent de ce que l’on a pu déjà voir dans le cinéma de super-héros. Contrairement à la célèbre saga X-men, où l’on voit apparaître des mutants dans une société qui va apprendre à les connaître et prendre peur de leurs pouvoirs, Glass nous propose de découvrir l’apparition de « mutants » dans une société qui les connaît déjà et qui décide de couper le mal à la racine en les empêchant de trop développer leurs exceptionnelles capacités. Ce changement, qui peut paraître minime, apporte cependant son lot de bouleversements. Contrairement aux X-men encore une fois, ici, on ne parle pas de crime racial, la société n’a pas peur des mutants pour ce qu’ils sont mais bien pour ce qu’ils pourraient faire grâce à leurs pouvoirs. C’est pourquoi tout le film se base sur une tentative de réinsertion de nos 3 héros dans la société.   

Cependant, comme le dit si bien Mister Glass, le personnage de Samuel L. Jackson : « It’s just an origin story » (soit en français : il s’agit juste du commencement). Ce qui nous montre bien que malgré la mort des 3 héros, ce qui est déjà assez audacieux en soi, Glass n’est que le début de l’univers héroïque de notre réalisateur adoré. 

Samuel L. Jackson, James McAvoy et Bruce Willis dans Glass (2019)

Pourquoi qu’on aime ?

Tout d’abord grâce au magnifique talent des acteurs qui jouent leur rôle à la perfection, et en particulier James McAvoy qui nous livre une interprétation encore plus variée des 23 personnalités composant son personnage. La lumière, comme à chaque fois dans les films de M. Night Shyamalan, a une place très importante et vient parfaitement faire honneur à la mise en scène et aux plans audacieux qui parcourent le film.  

James McAvoy dans Split (2017)

C’est un film qui sait ce qu’il est, une porte ouverte à un monde fantastique où le réalisateur pourra proposer sa propre vision des super-héros. Un film qui déconstruit ses personnages et son univers pour surprendre. M. Night Shyamalan est un réalisateur qui sait diviser. Il bâtit des récits avec des messages puissants et parfois très bien cachés. Pour vous en rendre compte, je vous renvoie vers l’excellente vidéo de Karim Debbache sur Signs, un autre des films du réalisateur, rempli à foison de contresens et d’interprétations opposées.

Glass n’échappe pas à cette règle. On peut y voir une mise en avant des bienfaits de la foi et du surréel, pour ensuite laisser triompher la normalité ; ou bien une critique de notre société et de ses codes sociaux qui tendent à normaliser et banaliser l’être humain ; ou bien encore une critique de l’industrie du cinéma de super-héros qui, à force de trop utiliser les codes de son propre genre et de ne pas assez innover, tue ses propres personnages. 

Bon là encore, je vais devoir un peu vous dévoiler des événements de l’intrigue pour vous parler de ces trois hypothèses. Promis, c’est la dernière fois. La mort des trois protagonistes de l’histoire n’est pas anodine et est remplie de sens. On peut remarquer dans l’intégralité du film beaucoup de références à la maison des idées Marvel. Si on y ressent une certaine bienveillance dans les clins d’œil que nous fait le réalisateur, il n’a pas pu s’empêcher de faire quelques pieds-de-nez aux gros éditeurs de comics et notamment Marvel. En connaissant l’influence de ce dernier sur le cinéma de super-héros et sur son Marvel Cinematic Universe, dont les films estampillés Avengers marquent une véritable révolution du genre, il est difficile de ne pas voir dans la mort des héros de Glass une petite pique finale que porte M. Night Shyamalan sur le MCU, qui ne prendrait pas assez de risques au goût du réalisateur en utilisant toujours les mêmes personnages et les mêmes schémas.

En ce qui concerne les deux autres interprétations, elles se basent sur le même constat : la société secrète que nous pouvons voir à la fin représentant notre société et les super-héros, les personnes anormales, qui sortent du lot. Le début de l’ère des comics a permis l’apparition d’icônes fortes, de patriotisme et de héros qui représentaient des valeurs de courage et de don de soi. Cependant, Glass semble nous montrer qu’aujourd’hui ces icônes sont beaucoup moins présentes. Notre société ne cherche plus à mettre en avant nos héros qui incarnent ces idéaux.

C’est ce qui fait de Shyamalan un des meilleurs réalisateurs du septième art à mon sens ; grâce à des films aux multiples interprétations qui parfois divisent et font parler d’eux, et qui permettent de parler de cinéma. 

À partager sur les réseaux sociaux

Les derniers articles sur Panoramas