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Internet, réseaux sociaux : comment se construit l’opinion ?

6 février 2019

Jeudi 24 janvier, à la bibliothèque Germaine Tillion (16e arrondissement), se tenait une conférence organisée par Bibliocité sur la construction de l’opinion. Baptiste Kotras et Mehdi Moussaïd en étaient les invités.

Internet, réseaux sociaux : comment se construit l’opinion ?
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Baptiste Kotras est sociologue. Il a publié en septembre 2018 La Voix du web au Seuil, écrit à partir de sa thèse.

Mehdi Moussaïd est chercheur au Max Planck Institute à Berlin, spécialiste de la foule. Il a publié en janvier 2019 Fouloscopie chez humenSciences.

La rencontre était animée par Thomas Hoffmann, journaliste chez The Conversation, un site que je ne peux que vous conseiller pour ses articles traitant de l’actualité écrits par des universitaires et chercheurs.

D’emblée, on nous met dans le bain avec un rappel de l’actualité : les gilets jaunes. Leurs rassemblements hebdomadaires sont nés sur les réseaux sociaux et on voit aujourd’hui un certain nombre de fake news en découler, que ce soit chez les partisans ou les détracteurs du mouvement.

Petit point historique

Baptiste Kotras lance ce débat en rappelant certains événements historiques. Au XVIIIe siècle, le roi souhaite connaître l’opinion des Parisiens, car ils sont considérés comme les plus turbulents des Français. Pour cela, il déploie des agents de police appelés les « mouches » pour écouter les conversations.

Garre les mouches
Gravure sur cuivre, BnF, 1720

À partir du XIXe siècle, l’opinion devient une affaire nationale. Des préfets élus au suffrage universel sont nommés dans les différentes régions pour décentraliser le pouvoir et agir localement. C’est l’apparition de la presse de masse avec les journaux qui se développent. Tout le monde peut avoir accès à l’information et cela inquiète les gouvernements. Depuis, l’importance de l’opinion publique n’a cessé de croître, en particulier lors des élections au suffrage universel.

Quelle nouvelle dans le journal ?
Le Charivari, 5 août 1859
Lithographie

Que valent les sondages ?

Le sondage est un outil statistique. En France, les organisateurs tirent au sort une population représentative de l’ensemble de la population. Par exemple, si 30% des Français préfèrent leurs petits pois sans les carottes, on fait en sorte que cette proportion soit identique dans l’échantillon (c’est évidemment une donnée fictive qui serait difficile à mesurer). Baptiste Kotras nous explique que le web a remis en question l’usage des sondages. En effet, il est impossible d’avoir un échantillon représentatif de la population sur Internet. De plus, les opinions données sont moins biaisées, plus spontanées, authentiques.

On le remarque immédiatement avec tous les outils à disposition pour parler de nous, de nos opinions, de nos coups de cœur, de nos coups de gueule… C’est une tendance qu’on a avec les réseaux sociaux, les blogs, les sites personnels, etc. Quand on veut savoir si un produit plaît, on ne fait pas nécessairement de sondage. On va plutôt voir sa note et les commentaires sur des sites de vente en ligne. On repère immédiatement les produits concurrents, qui sont présentés à côté grâce à des algorithmes et on ne perd pas de temps à demander aux gens si le produit est efficace, beau, utile… Prenons l’exemple d’un CD, noté par des personnes l’ayant acheté et/ou testé. Peut-être que dans ce lot il n’y aura que des personnes aimant le bleu, et cela ne représente évidemment pas la population. Mais si sur ces 100 avis, 80 ont mis 4 étoiles et plus, on va en déduire que le CD en question est plutôt bon, peu importe l’échantillon.

Une toile sociale

Mehdi Moussaïd nous explique que nous sommes connectés aux autres par un chemin social. C’est par là que circulent les jugements, les opinions. Vous connaissez tous le concept selon lequel on est lié à n’importe quelle personne en six poignées de mains. Cela a été prouvé par Milgram lors d’une expérience en 1969 pendant laquelle il a demandé à plusieurs personnes d’envoyer une lettre à un même avocat à Boston. Si ces personnes ne le connaissaient pas, elles devaient alors l’envoyer à quelqu’un susceptible de le contacter. En moyenne, la lettre est parvenue en 5 à 7 intermédiaires. Mehdi Moussaïd nous a fait la démonstration en direct qu’il connaissait un sans-abri à Chicago en moins de 7 poignées de mains et en passant par Barack Obama !

Qui se ressemble s’assemble

Mehdi Moussaïd nous a ensuite expliqué ce qu’on appelle le phénomène d’amplification. L’idée est assez simple : ceux qui ont les mêmes opinions sont amis. Il en va de même pour les états d’esprit : les gens heureux sont amis. Le chercheur nous indique que tout ne s’explique pas encore. Nous, individus, avons de l’influence sur nos proches et les proches de nos proches. Si vous mangez beaucoup de légumes, vous allez transmettre cette pratique à votre famille et/ou vos amis, au point où ils en mangeront peut-être plus. Si dans notre entourage on ne trouve que des personnes semblables à nous, cela renforce nos opinions et nous conforte dans nos positions.

Ces informations peuvent paraître un peu sorties de nulle part, mais des scientifiques ont fait des études et ont prouvé cela. Il y a notamment eu le cas de la ville de Framingham, Massachusetts, où les chercheurs ont eu accès à beaucoup de données et ont pu « cartographier » les relations entre les habitants, ce qui a mis en valeur des groupes où les personnes se ressemblent.

Et pour tout savoir sur les fake news, je vous invite à regarder cette vidéo de Mehdi Moussaïd :

Pour approfondir ces questions, n’hésitez pas à lire les ouvrages des auteurs et à les suivre sur leurs réseaux sociaux.

Baptiste Kotras : Twitter

Mehdi Moussaïd : Twitter, Instagram, Facebook

Bibliocité propose régulièrement des conférences, je vous invite à consulter leur site pour plus d’infos sur les Jeudis de l’actualité.

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