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Salon Livre-Paris 2019 : démocratiser la lecture ? (partie 1)

26 mars 2019

Librairie géante, lieu de dialogues, de débats, le salon Livre-Paris accueille tous les ans des milliers de visiteurs. Pour cette première partie, je vous présente l’organisation du salon.

Salon Livre-Paris 2019 : démocratiser la lecture ? (partie 1)
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Quel accès, quelle reconnaissance ?

Le salon est ouvert au grand public tous les jours, sauf une matinée dédiée aux professionnels du livre. Gratuit pour les moins de 18 ans, il n’en est pas moins jugé cher par certains : 8€ en semaine, 10€ le week-end et 6€ en tarif réduit. On entend les arguments : c’est étrange de payer alors qu’on va repayer à l’intérieur pour les livres. Pour ma part, je trouve que c’est un prix juste compte tenu de ce à quoi les visiteurs ont accès, à savoir des conférences, des rencontres, des ateliers. Il faut payer les intervenants. Si c’est juste pour acheter des livres, les librairies sont gratuites. Et si c’est juste pour lire, les bibliothèques sont construites pour cela.

L’organisation des stands me laisse toujours pensive, à cause de la mise en avant de certains au détriment des autres. Quand vous entrez, les premières allées qui s’offrent à vous conduisent aux stands des grands groupes et grandes maisons : Actes Sud, Madrigall, Editis, Albin Michel… Et tout au bout l’Europe, invitée de l’année.

Sur la partie gauche, vous trouvez les stands régionaux, composés de maisons indépendantes. Si vous devez choisir, allez vers elles. Les éditeurs sont sur place et parlent avec plaisir de leur métier. Les catalogues sont plus restreints et les professionnels les connaissent tous personnellement. Ce ne sont pas des livres perdus dans une masse de production. Vous êtes sûrs d’y dénicher des pépites, comme ce fut mon cas avec La forêt en mon cœur d’Adolfo Serra chez Balivernes éditions (qui était sur le stand Auvergne-Rhône-Alpes).

Suivez le guide jusqu’à la région Grand Est !

Sur la droite, ce sont plutôt les littératures de genre : imaginaire, romance, mangas, BD. Les stands plus petits vous invitent à braver les traditions. Les médias parlent peu de ces genres ? Qu’à cela ne tienne, vous vous ferez votre propre opinion. J’ai pu me procurer L’Odyssée minuscule de Gordon Zola aux éditions du Léopard masqué, spécialisées en littérature humoristique.

Cette organisation est sensiblement la même tous les ans. Pour les habitués, c’est bien pratique, on sait immédiatement où aller. En revanche, cela cloisonne les genres et les maisons quand toutes devraient mériter de recevoir la même attention. Lors de la soirée, d’inauguration, le Premier ministre Edouard Philippe et le ministre de la culture Franck Riester ont fait un tour du salon. Sans surprise, ils ont été pris en photo sur les stands des allées centrales et ne se sont pas aventurés ailleurs. C’est dommage.

Des stands attractifs

Ce salon est une véritable foire ! Les stands se succèdent, rivalisant d’ingéniosité pour séduire les lecteurs, leur donner envie de s’approcher, de discuter, d’acheter. Technique de base : les dédicaces. Au détour d’une allée, on croise Michel Drucker, Amélie Nothomb, Thibault de Montalembert. Les personnalités publiques et écrivains médiatiques déplacent les foules. J’ai entendu un homme expliquer à sa femme (de façon plutôt véhémente) qu’il se fichait de faire la queue des heures, et qu’il n’était venu que pour voir Michel Bussi.

Pour les stands qui n’ont pas ce genre d’arguments, parce que les auteurs sont moins connus ou tout simplement absents, les équipes misent sur des mises en scène de folie. Lumen, maison d’édition young-adult spécialisée dans les littératures de l’imaginaire, a récemment publié Stranger things – Suspicious minds de Gwenda Bond. Pour l’occasion, le salon de Will Byers, l’un des héros, a été recréé, de quoi réjouir les fans de la célèbre série Netflix.

Stand Lumen – Décoration salon Will Byers (Stranger Things, Netflix)

Autre concept : les éditions Ki-oon ont monté tout un décor de bibliothèque pour la sortie du manga Magus of the library de Mitsu Izumi. J’ai pu lire les premières pages, et cela promet de belles aventures, bien que le concept de base ne semble pas original (un orphelin pauvre, différent, rêvant d’un grand destin).

Stand Ki-oon – décoration bibliothèque du manga Magus of the library

Dernier stand à découvrir : les éditions du Léopard Masqué. Je suis fan depuis des années de ces romans de littérature humoristique, j’ai fait mon premier stage en édition là-bas. L’éditeur pousse le concept jusqu’au bout des griffes, avec des nappes assorties. Gordon Zola, l’auteur phare, dédicaçait tout en faisant des jeux de mots. Je ne peux que vous conseiller ses ouvrages.

Stand des éditions du Léopard Masqué

Alors, démocratisation de la lecture ou non ?

Les éditeurs façonnent les stands à leur image et c’est plaisant de plonger dans leur univers. Je pense que le salon est l’occasion de sortir des sentiers battus, d’aller vers ce qu’on ne connaît pas. Les librairies sont généralement petites et ne peuvent pas présenter un large catalogue. Les salons sont des moments uniques de s’ouvrir à d’autres horizons. En cela, ils sont à mes yeux de formidables vecteurs de démocratisation de la lecture. Il faudrait que tout le monde joue le jeu, y compris les politiques et les institutions, afin d’initier un mouvement encore plus vaste.

Certains stands ont essuyé des remarques et des critiques, des visiteurs et éditeurs jugeant leur présence déplacée. Cela a été le cas des enseignes McDonalds et Amazon. Pourtant, ils participent à cette démocratisation.

McDonalds propose depuis quelques années des livres dans ses menus enfants, au lieu d’un jouet. C’est une belle initiative pour inviter les enfants à lire quand le contexte familial y est peu sensible ou familier. Des auteurs reconnus, pas forcément en jeunesse d’ailleurs, ont participé au projet, comme Marc Lévy, Katherine Pancol ou Michael Morpurgo. Des dizaines de millions de livres ont été distribués dans le monde, et cela fait plaisir. Cela ne masque pas le fait que cette chaîne de restauration rapide n’est pas recommandable pour la santé. Néanmoins, cette opération permet de toucher des publics parfois non-lecteurs, et c’est ce qui compte.

Quant à Amazon, j’étais personnellement peu contente de les voir, quand on sait qu’il concentre les ventes en écartant les librairies. Cependant, comme pour McDonalds, il permet de vendre des livres et d’y donner accès pour des publics éloignés, comme ceux vivant dans des régions où il y a très peu de librairies ou de bibliothèques. N’oublions pas non plus la gamme Audible développée pour les livres audios, appréciable pour les personnes malvoyantes (et tous les autres !). Certes, on pourra toujours dire qu’il existe des alternatives car c’est le cas, mais la démarche démocratise la lecture, et c’est ce qui compte.

Butin du Salon Livre-Paris 2019

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